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17/01/2011 - Des outils pour ré-enchanter la démocratie ! ( Silicon Maniacs)

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À la suite de son intervention le 12 janvier dernier à La Cantine lors de la conférence du Social Media Club France consacrée aux médias sociaux et à la représentation démocratique, Alban Martin, maître de conférence associé au Celsa-Paris IV Sorbonne et auteur de « Egocratie et démocratie : la nécessité de nouvelles technologies politiques », publie une tribune sur Silicon Maniacs dans laquelle il se prononce sur la nécessité d’inventer de nouveaux outils technologiques au service de la démocratie.

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2011 est une année électorale (cantonale, sénatoriale, primaire socialiste), qui permettra d’affûter les discours à porter sur la scène publique. Cette année permettra aussi de continuer à créer et pré-tester les futurs dossiers à charge qui ne manqueront pas de ressortir en temps et en heure contre les représentants. Nous assisterons en quelque sorte à une représentation théâtrale dans une arène de cirque :

  • Des représentants qui pensent disposer de coulisses où réaliser leurs tractations, et préparer des discours tous prêts à être déclamer sur la scène télévisuelle ou sur le compte Twitter de campagne
  • Des citoyens échangeant une cacophonie de messages politiques sur internet, des plus sérieux au plus potaches, tout en observant un peu désabusé le ballet des élus sans filtre ni écran de fumée

Heureusement, l’apport politique de la toile ne se limite pas à celui d’un espace de communication ordinaire. Mais continuons ainsi dans la médiocrité facile de l’usage « pseudo délibératif » d’internet et nous passerons à côté d’une chance réelle de ré-enchanter la démocratie. Il est temps d’inventer de nouvelles technologies politiques, avec l’appui d’internet, tout en utilisant les dispositifs contributifs ayant déjà fait leur preuve dans le secteur privé.

Des technologies pour favoriser l’agilité

La première nouvelle technologie politique est l’agilité : la toile est un formidable outil d’alerte sur des problématiques publiques, avant qu’elles ne fassent la une des grands journaux. La réactivité d’un outil comme Twitter (lorsqu’il est utilisé pour réaliser de la veille et non comme outil de storytelling égocentré) permet de capter des signaux faibles. Pour cela, il faudrait transformer les comptes Twitters d’élus en Twitter de ministère, de mairie ou d’administration. Il est clé également de doter la France d’un système de pétition sur le modèle du site anglais Petitions.Number10.gov.uk. Le droit de pétition est inscrit dans la constitution française, mais il manque toujours la loi organique indispensable à sa mise en œuvre, indiquant notamment le seuil à partir duquel un sujet doit être porté obligatoirement à l’assemblée nationale.

Améliorer la connaissance…

La deuxième nouvelle technologie politique repose dans des dispositifs d’apport cognitif. Les citoyens ont apport démocratique certain en apportant des témoignages concrets et proches du « terrain », sur des sujets rationnels et objectivables. Ils permettent d’améliorer la quête de l’intérêt général. Nous sommes ici loin de l’exercice de communication représenté par « le grand débat sur l’identité nationale ». Des expériences comme Ensemble-Simplifions.fr, Administration2020.fr ou encore Ateliers-Apprentissage.Emploi.gouv.fr sont de bons premiers exemples. Mais la condition d’un tel apport repose sur l’ouverture des données publiques. Après Data.gov, data.co.uk, nous attendons toujours un hypothétique « Etat Lab ». Sur ce sujet, l’échelon local français montre la voie à suivre avec Data.rennes-metropole.fr.

Fonder une légitimité accrue…

La troisième nouvelle technologie politique permet d’augmenter la gouvernementabilité des citoyens, en fondant une légitimité accrue pour la représentation. Elle repose sur le « Fair Effect Process », qui est le mécanisme par lequel les acteurs deviennent convaincus qu’une décision est équitable. La concertation, via des outils en ligne, permet d’aboutir à ce Fair Effect Process. Mais nous sommes loin d’y arriver au regard des « débats » pilotés actuellement en ligne. Une concertation permettant d’aboutir à un meilleur respect des décisions ressemblerait plus à la démarche consensuel de Wikipedia. Les pages de discussion relatent le processus d’échange équitable et transparent qui a permis d’aboutir à l’article.

Développer l’utilité de la représentation…

Accolées à chaque définition, elles en assoient la portée. La quatrième nouvelle technologie politique permet de développer l’utilité de la représentation :

  • Dans le domaine législatif d’un côté, les élus doivent faire face à l’écueil contemporain de la microlégifération : en 2009, le journal officiel a dû noircir 23300 pages, contre 12500 en 1970 ! En outre, une récente étude du sénat a montré que 15% des textes adoptés par le parlement depuis 1981 ont été partiellement, voir pas du tout mis en œuvre faute de décret d’application. Il manque un canal « remontant », une voie de retour permettant d’informer le législateur sur l’adéquation des lois avec le quotidien des français. Le médiateur de la république joue en partie ce rôle aujourd’hui et devrait voir ses attributions et ses moyens, notamment en ligne, augmenter.
  • Dans le domaine exécutif également, nombreuses sont les lois restées inappliquées faute de moyens pour les mettre en œuvre. Le secteur privé a pourtant montré comment les internautes pouvaient être mis à contribution, en « dénonçant » un abus par exemple de manière spontanée. Le site Internet-Signalement.gouv.fr en est une bonne transposition : depuis janvier 2009, 26222 courriels ont été adressés sur le site, 43% dénonçant des escroqueries, et 33% des atteintes aux mineurs passées entre les mailles du filet. 3500 de ces messages ont été envoyés aux enquêteurs dont 762 ont abouti à l’ouverture d’une enquête.

Augmenter la prédictibilité des choix…

Enfin, la dernière nouvelle technologie politique est un outil permettant d’augmenter la prédictibilité des choix politiques. L’Iowa Electronic Market (IEM), expérience menée par l’université de l’Iowa et permettant de miser sur les résultats d’élections, montre la voie. Cette « bourse » virtuelle se révèle bien plus juste dans ses estimations : sur 596 sondages liées à des résultats d’élections locales, nationales ou internationales entre 1988 et 2000, les estimations de l’IEM se sont révélées plus proches du résultat final dans les ¾ des cas. Un tel système pourrait être transposé en France, pour anticiper les taux d’inflation, chômage ou encore croissance du PIB à venir. Quelques milliers de joueurs, non représentatifs, suffisent.

Et réussir là où les États-Unis ont échoué

Ce dernier exemple montre bien que nous sommes loin d’avoir utilisé toute la richesse offerte par la contribution des citoyens à des dispositifs renforçant la démocratie représentative. Barack Obama, longtemps érigé en modèle de la participation citoyenne, n’a pas su faire évoluer l’élan citoyen qu’il avait suscité une fois arrivé au pouvoir. Sa « Responsable à la Participation Citoyenne » est restée un an en place avant d’être nommée Conseillère au Bureau de l’Innovation puis de démissionner 6 mois plus tard. MybarackObama.com est devenu Organizing for America, mais en restant une plateforme de militantisme. N’ayant plus besoin de militants car à la tête des pleins pouvoirs exécutifs, le président américain s’en sert pour faire pression sur le pouvoir législatif. Notre pays peut retrouver sa place de pionnier démocratique en prenant la responsabilité d’appliquer ces nouvelles technologies politiques, plutôt que se contenter, comme tout le monde, de plaquer maladroitement et inefficacement des outils de démocratie directe dans la démocratie indirecte qui est la notre pour encore longtemps.

Alban Martin

À lire également sur Silicon Maniacs :

  • Internet ou le « mythe démocratique », entretien avec Alban Martin, maître de conférence associé au Celsa-Paris IV Sorbonne et auteur de Egocratie et démocratie : la nécessité de nouvelles technologies politiques.

Photo : Des outils rangés sur un ateliers (mtneer_man / Flickr)

Source : http://www.siliconmaniacs.org/des-outils-pour-reenchanter-la-democratie/

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