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09/09/2011 - Francis Pisani : « Il faut remettre en question le concept d’innovation » ( Silicon Maniacs)

« Il n’y aura pas de web 3.0 après le web 2.0″, expliquent Dominique Piotet et Francis Pisani, dans la seconde édition de leur ouvrage, « Comment le Web change le monde ?«   Analyste dans la Silicon Valley et journaliste indépendant longtemps basé en Californie, les deux co-auteurs préfèrent le terme de « Web Métis », une imbrication de technologies et de nouveaux usages. À l’occasion de la conférence « Du web 2.0 au web métis« , ce vendredi 9 septembre à La Cantine, Francis Pisani nous ouvre une fenêtre sur le web de demain.

Pourquoi parlez-vous de « Web Métis » ?

Je vais répondre de façon alambiquée. Je suis en train d’écrire un billet intitulé La mort existe-t-elle vraiment ? Pour résumer, le mois d’aout a été marqué par l’annonce de la fin de l’ère PC avec deux éléments symboliques et un, très concret. Premièrement, l’un des principaux acteurs de l’ordinateur personnel, Steve Jobs, a annoncé son retrait. En second lieu, à l’occasion du 30ème anniversaire du premier PC d’IBM, l’un des co-fondateur, Mark Dean, a publié un billet dans lequel il explique qu’on allait maintenant passer à autre chose. Enfin, HP, le premier producteur de PC au monde, souhaite se séparer de son unité de production d’ordinateur. En fait, je considère qu’il n’est pas vraiment pertinent de parler de la mort de quelque chose. Je pense terminer ce billet en prenant l’exemple du livre. Là aussi, la forme change, mais nous lisons de plus en plus. Pour résumer, il y a des formes qui disparaissent, des choses qui se transforment. Il y a une réalité métisse des choses. On avait tendance à se dire que c’était soit une chose, soit une autre, alors que la philosophie nous a montré le contraire depuis longtemps. Plutôt que de donner une définition du métissage, je préfère expliquer que c’est une manière d’aborder les technologies, l’information et de la communication.

Pour définir le « Web Métis », vous évoquez un futur des technologies de l’information marqué par l’hyperconnectivité, la mobilité, l’importance des réseaux sociaux…

Les réseaux sociaux sont un bon exemple de ce « Web Métis ». Ce sont des réseaux humains, mais dans lesquels la technologie intervient. Notre approche est de dire : on ne peut plus parler de deux monde, mais de deux couches d’un même monde. Dans les réseaux sociaux, il y a cette dimension relation sociale qui peut pré-exister à la technologie ou survivre sans elle, mais également un certain type de relation qui est favorisé par la technologie. Je pense que toute étude intéressante du Printemps Arabe, par exemple, montre ce genre de chose. Il y avait des interactions qui était antérieurs et d’autres qui ont été facilitées par la technologie. Mais la technologie n’a pas fait la révolution. C’est évidement idiot de parler de révolution Facebook, Twitter etc. Donc, nous sommes bien dans un des exemple du « Web Métis ».

On assiste aujourd’hui à une vraie prise de conscience du poids des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Mais cette reconnaissance se traduit de manière paradoxale : d’un côté les États saluent le rôle joué par internet et les réseaux sociaux dans le printemps arabe, de l’autre, ils cherchent de plus en plus à contrôler ce nouvel espace de liberté qui les inquiète…

Les États se sont rendu compte qu’il se passait quelques chose qui leur échappait. Dans cette volonté de contrôle, tous le monde est dans le même sac, depuis la Chine jusqu’à James Cameron et de l’Iran jusqu’à Nicolas Sarkozy. Mais, cet espace n’est ni bon, ni mauvais, ni neutre, pour reprendre un formule très connu. Internet est devenu un nouvel espace de lutte. Aujourd’hui je ne suis pas capable de dire qui va l’emporter, mais nos responsabilités de citoyens se jouent là dessus. C’est important d’éduquer les gens, d’en faire un débat public. Lors de l’e-G8, Internet était représenté pour le gouvernement, Hollywood et par la Silicon Valley. Il faut reprocher au pouvoir de ne pas faire intervenir de représentants de la société civil dans ces débats. Notre devoir citoyens aujourd’hui, c’est de se battre pour ça. Et, il je reviens à l’éducation. Il faut éduquer.

« La technologie ne nous garantie pas le paradis, mais le simple fait qu’il y ait rupture crée des espaces dans lesquels nous pouvons agir pour engager des changements sociaux qui nous apparaissent positifs. »

Avec Dominique Piotet, je fais partie des gens qui pensent que nous sommes dans une phase de rupture. La technologie ne nous garantie pas le paradis, mais le simple fait qu’il y ait rupture crée des espaces dans lesquels nous pouvons agir pour engager des changements sociaux qui nous apparaissent positif. On peut prendre à nouveau l’exemple de la Tunisie et de L’Égypte. Je voudrais cependant faire une remarque à ce sujet : le Printemps Arabe nous a montré que les nouvelles technologie pouvaient jouer un rôle dans une révolution, mais pas encore qu’elles pouvait servir à prendre le pouvoir.

Quelles sont, selon vous, les sphères technologiques et sociale dans lesquelles vont émerger les éléments bouleversant du futur. Et vont-elle venir des États-Unis, de l’Europe ou d’ailleurs ?

Pour créer des grosses boîtes, il faut d’un côté un gros marché et beaucoup d’ingénieurs. Ce sont deux caractéristiques que l’on retrouve en Chine et en Inde. Il y a de grandes chances de voir des entreprises émerger de ces deux pays. Il y a toute une théorie qui consiste à dire que à dire que ces entreprises vont commencer par copier la propriété intellectuelle des entreprises américaine, se renforcer leur marché locaux en limitant les capacités d’actions des entreprises étrangères, pour ensuite se lancer sur d’autres marchés, une fois qu’elle auront réunit des centaines de millions d’utilisateurs.

J’ajouterais cependant que les innovations peuvent venir de partout ailleurs. Il y a deux grands exemples : celui de Ushahidi (une site créé pour collecter les témoignages de violence, après la crise au Kenya en 2007 suite à l’élection présidentielle, NDLR.) et celui de M-Pesa (le service de mobile banking, né au Kenya NDLR.). Lorsque les nouvelles technologies arrivent au 3e tiers de l’humanité, elle s’adaptent, elle innovent, elle avancent.

À la fin de notre livre, nous parlons de données fondamentales parmi lesquelles l’hyperconnectivité, le tsunami des données, la mise en relation permanente, la mobilité, la géolocalisation, base de données, le cloud comuting etc. Ce sont des variables qui vont contribuer à définir ce que nous appelons le Web Métis. Selon Nova Spivack, les grands cycles des technologies de l’information durent 10 ans. C’est un peu caricatural, mais pourquoi pas. Le web1.0 est né 93, le web 2.0 en 2004-2005. En suivant cette logique, nous ne somme qu’à la moité de notre cycle. Je ne crois pas à une futurologie à long terme. Je pense qu’on peut essayer de travailler sur 2-3 ans. C’est le temps nécessaire pour qu’une technologie apparaisse, donne lieu à la création d’une ou de plusieurs entreprises et enfin décolle.

« C’est la notion de framing en anglais : la manière dont on pose le problème limite la discussion. Quand on parle d’innovation, on frame la discussion dans un sens Silicon Valley. »

En juillet dernier, vous avez publié sur votre blog un billet intitulé « La Silicon Valley est-elle en danger ». Est-on en train d’assister à une forme de décentralisation de l’innovation ?

Je trouve qu’il est intéressant de remettre en question le concept d’innovation. Si on considère qu’une innovation, c’est une innovation technologique qu’on arrive à amener sur le marché, on finit toujours par considérer que la Silicon Valley est ce qui se fait de mieux dans le monde. Mais, moi je pense qu’il faut élargir ce concept. C’est la notion de framing en anglais : la manière dont on pose le problème limite la discussion. Quand on parle d’innovation, on frame la discussion dans un sens Silicon Valley. Il faut s’intéresser d’autres choses qui vont, je pense, à la créativité, à l’innovation et jusqu’au changement social. A ce moment là, il y a toute une approche des évolutions sociétales qui est très intéressante. Je pense que le basculement est en train de se faire. Dans cinq ans, il sera évident.

Je m’apprête à partir pour un tour du monde des nouvelles technologies qui commencera le 13 septembre à Mexico et pendant lequel je visiterais une trentaine de ville à travers le monde. L’objectif est d’aller regarder ce qui ce passe dans le reste du monde sans la lentille Silicon Valley. Avec justement la lentille créativité, changement social.. Thomas Friedman est l’auteur de la formule « The world is flat », selon laquelle tous le monde est au même niveau, tous le monde est connecté et donc les technologies éliminent les différences. J’exagère un peu, mais pas tant ça. La question que nous posons Dominique et moi c’est justement : est-ce que les technologie de la communication éliminent tant que ça les différences. Pour y répondre, il faut aller voir.

Crédits photo : jeanbaptisteparis / Flickr (CC)

Source : http://www.siliconmaniacs.org/francis-pisani-il-faut-remettre-en-question-le-concept-dinnovation/

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