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15/08/2010 - Les technos à gogo, l’expo rétro ( YGAW by Silicon Sentier)

Je ne suis pas une fétichiste des jeux vidéos, mais j’ai eu ma période, comme tout le monde et l’homo-nintendomus qui me servait de frère a monopolisé l’unique accès à mes dessins animés pendant des années. Alors j’ai finit par voir dans les parties de Zelda, des potentialités d’émotions, de gains de maturité et d’intelligence que je n’avais pas soupçonnés. J’ai fini par tomber moi même dans le piège de l’addiction avec Bubble Bobble - je l’admets, à des années lumières du jeu qui demande de réfléchir, dont la musique provoque encore en moi une accélération cardiaque, en souvenir de grands moments.

Nintendo, Game Boy, Super Nintendo…Nous avons suivi l’évolution de la technologie au plus près, amplifié leur mythologie à la cours de récrée, avant qu’elles ne s’écroulent les unes après les autres, face au dernier né.
Je me souviens avoir manipulé la Nintendo dans tous les sens, soufflé sous les cartouches pour améliorer la lecture, appuyé comme une tarée sur les boutons pour casser les voitures dans Street Fighter, avoir passé un temps indécent derrière la télé à changer les branchements. On a tous investi de l’émotion dans ces machines, aujourd’hui, les voir pleines de poussière à la brocante du coin, sans distinction aucune avec des Barbies et des jouets MacDo, ça fait mal.

Alors, lorsque je me retrouve à Imal, au beau milieu de l’expo Playlist, entourée d’écrans de vieux pc et consoles détournés, affichant aléatoirement des pixels multicolores dans un chaos sonore général, je me sens bien.
Ces artistes ont-il la nostalgie des années 80 ? Je ne pense pas que les acteurs du mouvement 8 bit et Retro Gaming chantent Capitaine Flamme en soirée.
L’affection pour ces machines jugée obsolètes est certaine, mais c’est un 1er niveau qui permet d’entrer en relation avec les œuvres, à la manière d’une culture populaire : on connait tous les références. Ensuite, c’est ailleurs qu’on nous emmène. La SEGA devient un instrument de musique 8 bit, Mario est progressivement pixelisé et anéanti par un écran qui devient fou, les Games Boys accrochées au murs telles des trophées antiques et kitchs, passent leur temps à rebouter.
Les machines parlent, revivent et interrogent le sens donné à leur usage d’origine, leur cycle de vie éphémère. Je les entendrais presque dire : ” Hé toi, petite victime de l’innovation, tu es partie pour une autre, plus design et plus compliquée…mais je peux faire des trucs que tu ne soupçonnes pas, hyper simplement moi ! Pourquoi m’as-tu laissé tomber ? “. Ces vieilles consoles peuvent être détournées et devenir des outils de créativité inédits, bien plus facilement que les actuelles.
C’est également une autre question importante qui est soulevée : ” la trace historique de tous ces jeux se perd. On ne pourra bientôt plus lire nos cassettes démagnétisées, pourtant elles contenaient des données. Pourquoi cette course à la nouveauté se fiche -t-elle de la qualité de conservation? Les vinyles durent bien plus longtemps que les CD par exemple.  Les artistes de Playlist affichent une indépendance vis-à-vis de la technologie : ils réinventent une archéologie des médium, comme par exemple l’artiste Gebhard Sengmüller qui  a inventé un moyen d’enregistrer des vidéos sur vinyles et de les lire, à partir d’anciennes machines.

C’est également un mouvement qui conteste la marchandisation culturelle : les artistes 8 bit ont été dans les 1er à publier leur musique sous licence Copyleft ou Creative Commons.
En “hackant” un objet déclaré mort par ses fabricants parce que dépassé par le marché, on renverse la relation industrie-consommateur vers producteur-producteur. Le plan imposé par l’industrie  est déjoué et le les usages imprévus des utilisateurs réécrivent l’histoire des produits sans âmes devenus objets de sens.

La “chip music” est l’incarnation de cette assertion : ” l’obsolescence pour certains est la nouveauté pour d’autres”, et que c’est en revisitant le passé qu’on puise la créativité du présent.
Les artistes de la “Game Boy music” transmettent l’idée que l’innovation ne tient pas dans la perfection mais dans le bug.
Kim Cascone, dans “The Aesthetics Of Failures : Post Digital tendencies in Contemporry Computer Music“,  dit : “It is from the failure of digital technologiy that this new work has emerged: glitches, bugs, application errors, system crashes, clipping, aliasing, distortion, quantization noise, and even even the sound of computer sound cards are the raw material composers seek to incorporate into their music.”

La relation à la technologie est essentielle à Imal, Yves, son fondateur, est un ancien chercheur en “computer science”, pour lui, l’outil technologique n’est pas désuet, c’est avec lui que les artistes exposés pensent leurs œuvres. Cela fait plus de 10 ans que Yves travaille à l’ébullition de la scène “art-techno” à Bruxelles.
Imal est un espace niché sur les canaux de Bruxelles, en face du “petit chateau”, maison de rétention pour les immigrés clandestins. Le quartier de Dansaert est en train de changer et d’attirer les artistes. Les collectifs Foam et Okno sont ses voisins. L’association créée en 1999 gères ses 600 m2, 4 résidences, 2 expositions et toute une programmation de workshops, performances, concerts et conférences avec 3 personnes à mi-temps et un budget  de fonctionnement annuel de moins de 150 000 euros, soit un dixième de la moyenne des média Lab visités. Lorsqu’on parle avec son fondateur, Yves, on comprend alors d’où provient ce mélange d’exigence et d’ouverture qui fait la réputation du lieu.

Je me trouve depuis plus d’une heure dans la salle d’expo, bercée par les sons d’ordinateurs et les explications d’Yves, je suis impressionnée par l’immense univers dans lequel je me trouve, toutes les questions qu’il soulève. Enfin un espace où la technologie est envisagée autrement, humainement…et je regarde du coin de l’oeil le vieux jouet, “Speak and Spell,  la dictée magique”… avec en mémoire la voix qui me disait : “c’est bien, continue!”, quasi nounou électronique. Pincement au cœur, madeleine de Proust, “les enfants à taaaable!” et tout et tout.

Source : http://ygaw-bysiliconsentier.com/1719-les-technos-a-gogo-lexpo-retro

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