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23/12/2010 - Wikileaks : l’Open Data appliqué au journalisme ( Silicon Maniacs)

Depuis cet été et la publication de dizaines de milliers de documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan, Wikileaks et son porte-parole, Julien Assange, monopolisent l’attention médiatique à travers le monde. Inconnu du grand public il y a seulement quelques mois, le site « donneur d’alerte » (ou « whistleblower » en VO) a récemment fait évoluer sa stratégie autour de véritables « happenings de l’information ». D’un côté, il organise la fuite simultanée de dizaines de milliers de documents et, de l’autre, il s’appuie sur un réseau de grands journaux internationaux pour chaque nouvelle divulgation. Des partenariats qui permettent notamment à Wikileaks d’obtenir une « caution journalistique » et d’accéder directement au grand public.

« Wikileaks n’est qu’une source parmi d’autres »

Avec El Prisa en Espagne, le New York Times aux Etats-Unis, le Guardian au Royaume-Uni et Der Spiegel en Allemagne, Le Monde a fait partie des cinq journaux partenaires de Wikileaks lors des deux dernières fuites de documents confidentiels. Avec 120 autres journalistes, Rémy Ourdan a pu consulter en avant première pour Le Monde les 250 000 câbles diplomatiques américains. Pour lui, l’intermédiation d’un nouvel acteur ne bouleverse en rien le métier de journaliste. Wikileaks n’est finalement qu’une source supplémentaire parmi d’autres.

« C’est du journalisme très classique. Il n’y a que deux différences avec les autres occasions où on étudie des télégrammes diplomatiques : l’ampleur et l’apparition d’un intermédiaire. Ce n’est pas un diplomate qui nous le donne, mais quelqu’un qui est allé le chercher au département d’État, qui l’a donné à Wikileaks, qui nous l’a lui même donné (…) Fondamentalement, ça ne change pas le métier de journaliste », explique-t-il.

Le Napster du journalisme

Les révélations successives de Wikileaks auraient-elles cependant ouvert la boite de Pandore ? Olivier Tesquet, journaliste pour Owni, ose la comparaison avec Napster, le service d’échange de fichiers de musicaux qui a ouvert en 1999 la voie au développement de services de P2P décentralisés. Dans un monde en réseau, les informations dites « sensibles » sont potentiellement accessibles par une multitude de personnes. « C’est beaucoup plus facile de pirater des données confidentielles comme des mémos diplomatiques aujourd’hui qu’il y a 20 ans. 850 000 personnes ont accès à des documents top secret sur Intellipedia (un wiki classifié des renseignements américain) », explique-t-il, anticipant la multiplication des fuites dans les prochaines années. L’apparition de nouveau acteurs comme Wikileaks illustre alors une certaine faillite des médias traditionnels, qui ne disposent plus de toutes les compétences nécessaires pour garantir à une source son anonymat.

Pour Owni, ce contexte de « libération des données » impose de décloisonner le métier de journaliste. « C’est impossible pour une rédaction de traiter 250 000 ou 400 000 documents. Travailler avec cinq rédactions et 120 journalistes, c’est bien, mais est-ce suffisant ? », s’interroge Nicolas Kayser-Bril, responsable du data-journalisme pour Owni. Face à l’avalanche de documents bruts, il considère qu’il faut penser le journalisme en réseau. Le rôle d’un journaliste se rapproche alors de celui d’un chef de projet dont le rôle est de trouver des experts document par document pour l’aider à les analyser, les mettre en forme et en extraire les informations pertinentes.

« Des nouvelles formes de communautés interprétatives »

Pour Dominique Cardon, sociologue chez Orange Labs, le journalisme remplit toujours sa fonction critique, mais les attentes des citoyens se sont transformées. Internet a notamment joué une forme d’éducation populaire, en permettant à n’importe qui d’accéder à l’information. L’affaire Wikileaks illustre une lente transformation de la société qui a commencé dès les années 1980-1990, avec une forme de professionnalisation de la contestation citoyenne. Dans un monde dans lequel la politique est de plus en plus contrôlée par la communication et le storytelling, les citoyens ont, selon lui, besoin de rentrer dans les dossiers, de comprendre les enjeux. La nouveauté c’est la manière dont les internautes, les journalistes et les chercheurs peuvent constituer de nouvelles formes de communautés interprétatives. Pour Dominique Cardon, le journalisme doit ainsi aujourd’hui s’articuler avec le réseau et les interprètes :

« Les journalistes doivent transformer leur manière de travailler, notamment parce qu’ils sont de en plus en dialogue avec les internautes et les experts qui les renseignent, les corrigent et les contestent. De l’autre côté, les internautes doivent travailler avec les journalistes, les gens de l’information, du design et de la visualisation pour traiter ces grandes masses de données et ne pas faire des statistiques naïves. Il y a le risque de prendre les données et de croire que n’importe quel croisement donne une interprétation possible (…) La donnée n’est jamais brute et il faut savoir l’interpréter »

Crédit photo: Stianeikeland/Flickr

À lire également sur Silicon Maniacs :

  • Wikileaks et la transparence à La Cantine
  • Les Anonymous décortiqués
  • Comment hacker avec les pieds : le DDOS

Source : http://www.siliconmaniacs.org/wikileaks-lopen-data-appliquee-au-journalisme/

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Commentaires

Rectif , il y a 1 an : Rectification: Wikileaks n'est pas un exemple d'opendata. Pour rappel, l'opendata consiste notamment à rendre disponibles à tous des données publiques non-nominatives et ne relevant pas de la sécurité/défense. Wikileaks est donc déjà hors du cadre. De plus, les données sous Opendata sont rendues accessibles à tous sans discrimination. Wikileaks = accessibles à certains journaux qui agissent en intermediaire et filtrent l'information. Aussi, l’objectif de Wikileaks n’est pas de produire des services pas plus que de stimuler la créativité du public mais d’obtenir des informations en garantissant l’anonymat du dénonciateur. En bref, ne pas confondre opendata (cadre légal et procédure type) avec publication d'informations.

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